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Une belle idée qui fête ses vingt ans

AGIR

Caroline Steiner(à g.) et Roseline Baud

© AGIR

Rencontre avec les deux coprésidentes de Marché Paysan

L’association romande Marché paysan, née sous l’impulsion de quelques pionniers de la vente directe, regroupe désormais 85 membres. Elle est coprésidée, pour la première fois, par deux femmes : Roseline Baud et Caroline Steiner. Souvenirs, portraits, projets… et surtout la Fête d’anniversaire le 24 septembre au Moulins de Chiblins !

Différentes mais complémentaires et portées par une même énergie souriante. La première vit parmi les fleurs, les baies et les légumes anciens du domaine familial d’Apples. La seconde, native d’Oxford et biologiste de formation, travaille parmi les poulets et les cochons fermiers, à Vullierens. Roseline Baud et Caroline Steiner sont les deux coprésidentes de l’Association romande Marché Paysan. Depuis le début de leur mandat commun, les deux collègues et amies ont surtout mis leur dynamisme au service de l’organisation d’un événement d’ampleur : le 24 septembre prochain, l’association sera sur son 31 pour fêter ses vingt ans. Petit flashback.

L’époque des pionniers
1997 : la vente directe en est à ses balbutiements. Quelques pionniers sont présents sur les marchés urbains ; certains ont aménagé un magasin de poche dans leur grange ; d’autres proposent des œufs ou les fruits du verger, de manière informelle, au voisinage. « L’idée de la vente directe était dans l’air du temps, se souvient Denis Pache, qui deviendra le premier président de Marché Paysan. D’un côté, il y avait de la grogne à l’égard de la grande distribution et de sa politique de pressions sur les prix. De l’autre, on sentait une vraie attente de la clientèle… »

Deux groupes de réflexion vont se réunir, avec le soutien de Prométerre et d’Uniterre pour plancher sur un concept commun et romand. L’idée ? Rassembler, harmoniser et accompagner les producteurs dans leurs démarches : « Cela passait par des gestes très concrets, comme la façon d’étiqueter des confitures ou la publication d’une liste de prix indicatifs, en passant par la réalisation d’un premier dépliant, puis d’un site internet», raconte Denis Pache. A la première assemblée, ils seront plus d’une cinquantaine, soutenus par les cantons de Vaud, Fribourg et Genève. « La création d’un réseau paysan a suscité un grand intérêt. Par la suite, certains ne sont pas restés, d’autres les ont remplacés, il y a eu des cessations d’activité », note celui qui présida l’association durant deux mandats de quatre ans.

A ce jour nous comptons 85 membres, indiquent les coprésidentes. « La gamme de produits s’est considérablement élargie, des variétés anciennes de fruits et légumes aux fromages de brebis, des sirops aux pâtisseries, etc. explique Roseline Baud. Notre charte laisse place à une grande diversité de formules : marchés urbains, magasin à la ferme, paniers de l’agriculture contractuelle, commandes en ligne, contrats, auto-cueillette… » La taille des exploitations et le mode de culture sont tout aussi divers.

Un mode de vie
« La vente directe est plus qu’une mode, c’est un mode de vie », estime Caroline Steiner. Les avantages ? Intégrer le réseau et se regrouper sous cette bannière commune rend plus forts. Il n’y a pas de grande plus-value sur les prix mais un gain en termes de visibilité. La structure permet l’échange d’expériences et offre de nouvelles vitrines pour nos spécialités chez nos collègues.»

Caroline, 47 ans, a grandi dans la région d’Oxford dans une famille d’enseignants et se destinait à une carrière scientifique après ses études de biologie. Les hasards de la vie lui font rencontrer son futur mari, paysan à Vullierens. Ses diplômes n’étant pas reconnus en Suisse, Caroline fait une nouvelle formation de secrétaire bilingue et travaille plusieurs années pour le CIO.

Maman de trois enfants, elle cesse de travailler à l’extérieur pour seconder son mari sur le domaine de 37 hectares, auxquels s’ajoutent les terres du château exploitées pour le compte du propriétaire. Les grandes cultures y alternent avec les cochons de pâturage, élevés en plein air, les poulets fermiers et les poules pondeuses. La viande est transformée par un boucher et les Steiner vendent également leur huile de colza.

Roseline, 46 ans, a une formation d’employée de commerce. Elle est revenue à la terre voici  onze ans, effectuant après coup son apprentissage agricole. Associée à son père dans un premier temps, elle a repris le domaine familial d’Apples en 2016, lui donnant de nouvelles orientations: un vaste jardin floral en self service, des baies et des cultures maraîchères se sont ajoutés aux grandes cultures et à la vigne. Roseline est aussi à l’origine, avec deux collègues, des Jardins du Flon, projet d’agriculture contractuelle. Maman d’un garçon de 6 ans, elle est mariée à un cuisinier, qui travaille à l’extérieur.

Un engagement sans faille
La présidence de Marché Paysan est un engagement « gourmand en temps » : organisation d’événements, communication, recherche de fonds, réalisation du guide de la vente directe, etc. L’association fonctionne grâce au bénévolat, seules les fonctions de secrétaire et trésorier, à temps partiel, sont rémunérées. La répartition des tâches  se fait en fonction de nos intérêts et de notre disponibilité du moment, relèvent Roseline et Caroline.

Le slogan de l’association « Pour des échanges humains et commerciaux différents » n’a pas varié ; l’affirmation « Nous produisons pour vous » entend distinguer les producteurs des simples revendeurs – raison pour laquelle des pastilles de couleurs différentes ont été créées, selon l’origine des produits.

Pour organiser les festivités du vingtième anniversaire, un comité ad hoc a été mis sur pied et le nombre de réunions a doublé. Au Moulin de Chiblins, l’association proposera un grand marché avec plus de 40 stands, des animations et des spectacles, du Land Art aux balades à dos d’âne. Du coup, « beaucoup de projets sont en stand by pour l’instant, on les reprendra au lendemain de la fête ».

Des projets ? « A terme, nous souhaitons rendre les marchés plus attractifs, élargir le cercle qui peine à franchir les frontières cantonales : tout reste à inventer… », relève Roseline Baud. « La vente directe est portée par un intérêt croissant : nous souhaitons qu’elle prenne de plus en plus d’importance dans la consommation des familles, estime Caroline Steiner. Indirectement les scandales de l’agro-alimentaire plaident pour la transparence. Sans le consommateur nous ne sommes rien. Il s’agit d’évoluer en symbiose et de faire passer le message de la valeur de la terre et de son travail…»

                                                                                                                                                        AGIR

www.marchepaysan.ch

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