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Le ministre de l’agriculture en visite chez un éleveur bernois de vers à soie

© L.Pillonnel/Agri - Reto Streit en discussion avec Johann Schneider-Ammann devant sa plantation de mûriers, dont les feuilles servent de nourriture aux vers à soie

Une exploitation agricole innovatrice…

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann s’est rendu sur une exploitation bernoise dont il a vanté le goût pour l’innovation. L’occasion pour lui d’exprimer son désaccord avec les deux initiatives du 23 septembre.

Un troupeau de Galloway allaitantes s’abritant de la chaleur sous une poignée d’arbres, des rangées de mûriers pour régaler un élevage de vers à soie, un lama et un alpaga dont l’enclos jouxte celui des chevaux en pension: l’exploitation familiale d’Ursula et Reto Streit détonne dans le paysage traditionnel de la campagne bernoise qui l’entoure. C’est sur ce domaine de 20 hectares basé à Rosshäusern que le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a donné rendez-vous aux médias mardi dernier, pour une visite ponctuée d’une prise de position dans l’optique des votations fédérales du 23 septembre.

Selon lui, le renforcement du rôle de l’Etat soutenu par l’initiative pour la souveraineté alimentaire supposerait une augmentation des coûts pour la société suisse et nuirait au développement du monde agricole en restreignant sa liberté et en multipliant ses contraintes administratives. «La ferme de la famille Streit a grandi grâce à la conviction et à l’esprit d’entrepreneur de ses membres. Si elle est acceptée, cette initiative les priverait de leur liberté d’action», a-t-il déclaré devant le local climatisé des vers à soie en plein festin de feuilles de mûriers. Son hôte Reto Streit partage son point de vue. A l’image de Johann Schneider-Ammann, il votera «non» aussi bien au texte d’Uniterre qu’à celui des Verts, même s’il admet que «Fair Food» contient «deux ou trois bonnes idées».

«Notre agriculture bénéficie de conditions-cadres adaptées. Une trop grande implication de l’Etat serait d’après moi contre-productive», a-t-il notamment soutenu. Avant cet épilogue à forte connotation politique, le père de famille a présenté les différentes facettes de l’exploitation, qui occupe entre dix et quinze employés à temps partiel. La vision de la profession qu’il cultive? Une diversification étape par étape, «sans vouloir croître à tout prix», dans un souci de répartition des risques et de durabilité.

Synergies recherchées
Le panel d’activités, étoffé au fil des ans par les Streit, donne des possibilités de synergies. La prestation de table d’hôtes met par exemple en valeur les produits de leur ferme. Elle peut être combinée, sur demande, avec une visite guidée thématique sur la production de soie. Quant au jus de pommes fabriqué à partir des fruits du verger, il est servi aux pensionnaires des quatre chambres d’hôtes à l’heure du petit-déjeuner, s’est plu à souligner Ursula Streit.

Estampillé Optigal, l’élevage de poulets de chair sera  abandonné dès l’année prochaine au profit d’une production d’œufs, en phase avec  la reconversion à l’agriculture biologique souhaitée. «Nous avons pris cette option car nous n’avons pas la surface nécessaire pour détenir de la volaille d’engraissement aux conditions bio», explique le chef d’exploitation.

Pionnière dans la soie
Ce dernier a fondé, avec quelques autres agriculteurs, l’association Swiss Silk, qui a créé une gamme de produits à base de soie, comme des cravates et des foulards. «Pfister utilise notre matière première pour faire des rideaux, c’est une belle opportunité pour nous», se réjouit Reto Streit.

Les 360 mûriers plantés dans le but de nourrir les vers à soie de Rosshäusern débouchent sur la fabrication d’environ 4 kg de fibre brute. La quantité devrait passer à douze, voire quinze kilos dans deux ans, lorsque le garde-manger aura grandi.

«Je laisse toujours un tiers des feuilles sur les arbres, afin de pérenniser ma plantation», a précisé Reto Streit alors que ses invités faisaient halte sur le site en question. Le troupeau de 25 à 30 Galloway était regroupé non loin de là, sur une parcelle herbeuse inapte à le nourrir. «Mes réserves de fourrage d’hiver suffisent encore pour le moment, mais si la situation n’évolue pas, je devrais en acheter ailleurs», a expliqué le chef d’exploitation. Sa culture de quinoa certifié IP-Suisse a, en revanche, bien résisté à la sécheresse. Une première récolte digne de ce nom a ainsi pu avoir lieu cette année, après deux tentatives infructueuses.

Ludovic Pillonel/Agri

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