La Station fédérale de Changins et les OGM
L'impossible défi de la recherche agronomique suisse
(3.11.03/BM) Cinq chercheurs de la Station fédérale de Changins (RAC) font le point sur leurs missions et activités en matière de plantes génétiquement modifiées (PGM) dans la dernière mouture de la Revue suisse d'agriculture. L'article, accompagné d'une synthèse historique et d'un état des lieux quant à la recherche et à l'utilisation des PGM, tente de répondre aux questions des agriculteurs et aux inquiétudes du public. Un tour d'horizon bienvenu pour inaugurer l'entrée en vigueur de la loi sur le génie génétique le 1er janvier 2004.
"C'est avec le souci de maintenir cette compétence et cette crédibilité, de proposer une utilisation optimale de cette technologie et de nourrir le débat démocratique, aujourd'hui indispensable au développement de la science et des techniques, que la RAC élabore et réalise ses projets en transgenèse végétale". C'est ainsi que la Station définit ses missions et activités en matière de plantes transgéniques.
Avec un petit coup d'il dans le rétroviseur, les chercheurs introduisent leur prose par un mea culpa: "Comme c'est souvent le cas en science, les progrès réalisés ont régulièrement induit des remises en cause des conceptions antérieures, considérées comme trop simplistes, réductionnistes ou incomplètes". Ainsi, on a cru que le code génétique fonctionnait comme un programme informatique; l'analogie subit de nombreuses fêlures. Médias et PGMophobes semblent aussi avoir été victimes de croyances désormais obsolètes. Consacrant un encadré d'une page sur le thème de "Plantes génétiquement modifiées et résistances aux antibiotiques", Santiago Schaerrer, chercheur à Changins, explique: "L'expression d'un gène de résistance à des antibiotiques n'aboutit pas à la synthèse d'un antibiotique. Il n'y a par conséquent pas d'antibiotiques dans une PGM, ni dans la nourriture préparée à partir de ces plantes". Le scientifique admet que les bactéries échangent très facilement ces gènes de résistance aux antibiotiques, sans danger puisque les bactéries naturellement biorésistantes sont omniprésentes dans l'environnement. L'agronome évalue le risque d'un transfert d'une partie du génome d'un maïs vers les bactéries de la panse d'une vache comme étant très faible. Se référant à des évaluations du Département américain de l'agriculture, il annonce les chiffres suivants: "Il faudrait que l'ADN de 1 milliard de tonnes de maïs GM (50'000 fois la quantité utilisée en Europe) entre en contact avec 5 millions de millions de bactéries bovines (6'000 fois le nombre de bactéries présentes dans le bétail européen)".
Utilité des PGM
Les PGM sont-elles vraiment nécessaires pour notre agriculture et notre alimentation? Sans y répondre avec netteté, les chercheurs de Changins n'ont pas esquivé la question. Sur le fond, en parlant de la transgenèse végétale, ils estiment que "cette application s'inscrit dans la longue histoire de la domestication, de la sélection et de l'amélioration des plantes, éléments centraux du développement passé et actuel de l'agriculture". Quant à la forme, en l'état présent, on reste plus sourcilleux. "Ses applications actuelles ne concernent encore qu'un nombre très limité de caractéristiques agronomiques et certainement pas parmi les plus prometteuses". Face à ce "potentiel important", la recherche publique défend son rôle de développement et de maintien d'une compétence scientifique et technique dans le domaine. Appuyée par une législation dont découle un mandat de prestation, elle revendique aussi son rôle dans l'évaluation de l'intérêt agronomique, dans l'identification et la prise en compte des risques potentiels engendrés par ces plantes. Elle rappelle enfin sa mission de proposer des applications agronomiques, écologiques et sociales utiles et bénéfiques. Utilité et bénéfices pour qui? Pour le peuple dans la mesure où le travail des Stations vise "une connaissance objective et partagée (qui) reste un des éléments essentiels pour un contrôle démocratique du développement de la science et de la technique".
AGIR
"Les plantes transgéniques en agriculture: missions et activités de la Station fédérale de Changins" par N. Delabays et al. Revue suisse d'agriculture 35(6): 265-272, 2003
A disposition (gratuitement) à l'agence AGIR (021 613 11 31): "OGM Des clés pour décoder"