Assemblée générale de la Chambre d’agriculture du Jura bernois à Loveresse
La production laitière au centre des débats
(
2010-03-02
/
BM
)
Le lait, sa production et ses prix ont été au cœur des préoccupations de l’assemblée générale de la Chambre d’agriculture du Jura bernois (CABJ), qui s’est tenue récemment à Loveresse. Côté pile, on s’est réjoui de la force obligatoire avalisée récemment par le Conseil fédéral. Côté face, on comprend mal que les délibérations sur la plateforme IP Lait n’aient pas abouti à une augmentation du prix.
Un jeu de questions préparées par le président Jean-Michel Carnal à
l’intention des candidats paysans au Grand Conseil bernois a occupé une partie
des assises de la CAJB.
Par ailleurs, la sortie du premier numéro du « Terrien interjurassien»,
bulletin régional d’information du monde rural (CABJ ; Fondation rurale
interjurassienne ; Chambre jurassienne d’agriculture) a
été salué par les membres présents.
Actualité laitière
« La CAJB s’est toujours opposée aux quantités
supplémentaires de lait qui contribuent à une offre surfaite et tirent le prix
vers le bas : un cercle vicieux qui profite sans aucun doute à certains
mais guère aux producteurs ». Ce constat de la gérante de la Chambre
d’agriculture du Jura bernois, Annemarie Hämmerli, dans son rapport d’activité
2009 est toujours d’actualité en 2010 !
Raison pour laquelle le thème du conférencier du jour, Christophe
Eggenschwiler, « Evolution récente du marché laitier et ses implications
pour la région » a suscité un large débat. En préambule, le nouveau
directeur de la MIBA, a présenté l’entreprise qu’il dirige. Avec un chiffre
d’affaires de quelque 200 millions de francs, la gestion de plus de 3 millions
de tonnes de lait en 2009 (en diminution de quelque 10'000 t par rapport à 2008)
et un effectif de 2500 membres, la MIBA couvre une zone de collecte de lait
étendue et complexe. Elle concerne en effet 6 cantons ou demi-cantons,
soit : AG 13%, BL 22%, BS 0.2%, JUBE 9.5%, JU 27%, SO 28.1%.
Parmi une
demi-douzaine d’incidences censées découler de la mise en œuvre de la force
obligatoire octroyée par le Conseil fédéral, les éléments-clé, selon Christophe
Eggenschwiler, concernent la transparence : obligation de rendre les
contrats publics ; idem pour les flux de lait ; et obligation encore
d’annoncer et d’exporter le lait acheté en-dessous du prix-seuil. Et le
conférencier de détailler en trois points les avantages de la force obligatoire
pour l’ensemble des partenaires: modèle à trois échelons, transparence,
contrôles et sanctions. A chaque échelon correspond un prix. Pour le lait
d’industrie contractuel, c’est le prix indicatif de l’Interprofession lait (IP
lait) qui s’applique. Sa gestion sera conforme aux besoins du marché et soumis
à un indice des quantités. Tout lait non contractuel doit être négocié en
bourse. Si le prix en bourse reste bloqué longtemps sous le prix-seuil, il
passe en ultime recours dans la catégorie « Lait de dégagement » dont
le prix minimal est celui de garantie.
« Alors pourquoi attribuer des quantités de lait
supplémentaires ? » a demandé un agriculteur à la fin de la présentation. La
réponse a fusé : « Si on ne le fait pas, ce sont les autres qui le
feront ». « Mais qui demande
le lait en bourse ? », a-t-on aussi entendu dans l’auditoire.
« Tout le monde !». La réponse du directeur de MIBA n’a pas eu l’heur
de convaincre l’assemblée car ce lait bradé reflète une médiocre gestion des
quantités. « N’y aurait-il pas moyen de rendre la matière lactée plus
vendable ?». Le producteur qui pose la question pense à la gamme des
alicaments, des spécialités laitières à valeur hautement ajoutée. MIBA y pense
mais préfère ne pas donner de précision pour l’instant.
L’orateur a donné une image dynamique de son entreprise. Il
voit aussi dans des rapprochements avec d’autres organisations de producteurs
(OP) ou collaborations intercantonales des pistes à ne pas sous-estimer… Des
solutions pour tenter de briser ce cercle vicieux basé sur une méfiance tous
azimuts, dans l’espoir d’atteindre un consensus utile à l’ensemble de la paysannerie helvétique.